Parlez-vous « bilingue » ?

Pour vous divertir un peu je vous propose cette vidéo, extrait du film québécois Elvis Gratton
« Moi, j’écris directement en bilingue pour sauver du temps ! » – Elvis Gratton

Et voilà maintenant que Justin Trudeau reprend cette perspective ludique pour créer un personnage politique original :

Il ya des influences de son père, bien sûr. Effectivement, Pierre-Elliott Trudeau a toujours eu un point de vue assez différent de la majorité sur le bilinguisme. Bien qu’il n’était pas ouvertement contre l’unilinguisme, il proposait le bilinguisme à tout le peuple canadien. Cependant, il savait que son approche était surtout pragmatique et que ce bilinguisme officiel n’allait pas changé les anglophones. Il ne pouvait pas ignorer la réalité sociale des peuples et leurs représentations linguistiques et culturelles.

Manifestement, le Canada est un pays officiellement bilingue, mais ses citoyens (comme je l’avais étudié dans un bloque précédent) sont soit francophones, soit anglophones. Vu le statut inférieur du français au niveau politique, économique et social, la plupart des bilingues du pays sont les francophones; les anglophones ne voyant pas la nécessité d’apprendre le français.

Ensuite, il y a la situation des allophones. Le Canada se représente au monde en pays bilingue; un statut dont les Canadiens sont fiers. De plus, les ambassades canadiennes du monde réclament le bilinguisme des nouveaux arrivants (c’est-à-dire que les candidats bilingues ont plus de points positifs dans leur dossier d’immigration). Cependant, la réalité est que lorsqu’ils arrivent au pays on leur demande de choisir UNE langue officielle. À priori, les immigrants atterrissant au Québec choisissent (et sont invités à choisir) le français, tandis que les immigrants atterrissant en Ontario choisissent (et sont invités à choisir) l’anglais.
Les allophones doivent donc s’associer avec le camp francophone ou le camp anglophone. D’un point de vue social et culturel ce choix est significatif : par rapport à la représentation de la langue, ce choix imposé renforce la dichotomie canadienne, la compétition entre les deux langues officielles et le conflit entre les deux cultures officielles.

Si l’on considère toutes ces réalités sociales, on remarque que le bilinguisme ― sa promotion et sa revendication ― est une position politique très claire.

Pierre-Elliott Trudeau avait cette position par rapport au bilinguisme. Cependant, bien que la situation se soit beaucoup améliorée au niveau des services gouvernementaux (surtout fédéraux) grâce à Trudeau, le peuple canadien n’a pas trop été influencé par les politiques de Trudeau.

Pierre-Elliott avait une approche très prescriptive et paternaliste : il faisait ce qu’il fallait faire pour le bien des Canadiens. Il a imposé le bilinguisme officiel et la plupart des Canadiens lui ont volontiers permis de le faire. Cependant, ce bilinguisme est demeuré théorique dans la vie sociale canadienne; bien qu’il soit pratique au gouvernement. On aime dire qu’on est bilingue ― ça fait chic !•―, mais on sait qu’on ne l’est pas vraiment.

Le bilinguisme de Justin Trudeau est beaucoup plus pratique. Justin est beaucoup moins prescriptif; il est plutôt exemplaire : au lieu d’imposer un bilinguisme officiel, comme l’avait fait son père, il attire les unilingues au bilinguisme en donnant l’exemple. Ceci dit, le bilinguisme officiel est déjà un fait, donc il est plus facile pour lui de construire sur le travail de son père.

En effet, mis à part le cynisme et les blagues, le bilinguisme de Justin Trudeau dans ces messages politiques est véritablement original : il ne traduit pas, il ne répète pas, il ajoute et complète, c’est-à-dire que son message est clair pour les unilingues dans les deux langues officielles. Cependant, le seul qui comprend l’ensemble du message et qui peut apprécier son plein effet rhétorique est le bilingue.

En effet, partout au pays, les Canadiens réclament l’enseignement bilingue. Rares sont ceux qui croient toujours que le bilinguisme est néfaste (Attention ! C’était le cas jusqu’à très récemment !) La plupart des gens savent maintenant que le bilinguisme (et encore mieux, le multilinguisme) est bénéfique; d’un point de vue du développement cognitif de l’enfant, d’un point de vue culturel, social et économique. Cependant, les conseils scolaires sont toujours principalement unilingues. Chaque conseil scolaire dominant (les conseils francophones au Québec et les conseils anglophones en Ontario) offre des programmes bilingues, cependant, les conseils eux-mêmes sont ségrégés selon la langue. Aurons-nous un jour des conseils scolaires bilingues ?

Est-ce possible que nous avancions vers le véritable bilinguisme du peuple canadien : la majorité de nos citoyens étant bilingues (et multilingues) ?

Quelles seraient les implications linguistiques, sociales et pédagogiques d’un mouvement vers le vrai bilinguisme au niveau du pays ? Y croyez-vous ?

Ennemi public numéro un : l’anglicisme !

Je vous propose ce reportage diffusé sur la chaine française 1télé :

Les Français et les Canadiens Français partagent le même loisir : prouver la pureté de leur variation du français par rapport à celle de l’autre. En outre, l’anglicisme est vu par les maitres du bon usage de chaque côté de l’atlantique comme le pire crime que pourrait commettre un francophone. Par conséquent, prouver que l’autre utilise plus d’anglicismes, c’est dévaloriser sa langue et revendiquer la nôtre.
Au milieu de ces disputes, plusieurs, comme moi, ont décidé que nous parlons tous une variation dynamique du français, que l’une n’est pas supérieure à l’autre, mais que les différences sont intéressantes. Justement, cette vidéo fort intéressante par un étudiant français poursuivant ses études au Québec présente une analyse rafraichissante de l’état des anglicismes dans les deux variations de la langue française.

Humblement, ce jeune homme annonce qu’il n’est pas linguiste, ni spécialiste et que ses observations ne sont pas particulièrement érudite. Cependant, vu sa polyglossie et son intérêt au fonctionnement de la langue, il raisonne de façon linguistique.
Selon lui, les anglicismes français et québécois se différencient surtout selon leur type et leur environnement linguistique. En effet, les anglicismes utilisés en France sont des néologismes à apparence anglophones, mais qui ne proviennent pas du tout de la langue anglaise, car la plupart des Français ne parlent pas l’anglais. Par contre, les anglicismes québécois sont des mots du lexique anglais qui sont utilisés au lieu de mots français.
Bien sûr, le contact avec l’anglais et le bilinguisme des Canadiens français a un impact significatif sur le type d’anglicismes utilisés au Canada, mais est-ce, selon vous, la seule cause de l’usage de ces mots anglais dans notre parler de tous les jours au Canada ?

Certes, la maitrise d’une seconde langue ouvre les connaissances lexicales : le bilingue a deux versions d’un référant, tandis que l’unilingue n’en a qu’un. Et si on ajoute les synonymes, les paronymes et les différents niveaux de langue le lexique du bilingue peut être deux fis plus riche que celui de l’unilingue. Donc, en effet, les anglicismes utilisés par le bilingue sont différents de ceux utilisés par l’unilingue.

L’Office québécois de la langue française s’est attardé sur la question : je vous propose de consulter les articles sur les anglicismes offerts sur le site de la Banque de dépannage linguistique (BDL) de l’Office :

http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?T1=anglicisme&T3.x=-593&T3.y=-511

Voici un élément que j’ajoute à l’analyse d’Hermel et même à l’information offerte sur la BDL. Certainement, il y a des types d’anglicismes qui semblent beaucoup plus graves que d’autres. Et j’ai tendance à penser que les anglicismes néologiques, dont nous parle Hermel, utilisés par les Français semblent assez inoffensifs.

Cependant, les anglicismes québécois ne sont pas nécessairement plus dangereux. Ce qui compte c’est le contexte et surtout le profil du locuteur. Si le locuteur choisit d’utiliser un anglicisme (pareillement à un choix lexical à l’intérieur d’un même code), je dirais que ce n’est pas grave du tout. Par contre, si le locuteur ne connait aucune autre version du terme que l’anglicisme. Dans ce cas, ça pourrait être plus grave. J’utilise intentionnellement le conditionnel, car il se peut que cet usage ne soit pas si grave, et que ce soit même une amélioration si la version acceptée par le code est faible ou inefficace. D’un point de vue diachronique, chaque linguiste sait que la langue parlée est en constante évolution.

Effectivement, si l’on observe le lexique de façon un peu plus holistique, on doit admettre que la richesse du lexique dépend non seulement de sa fluidité, mais aussi de sa profondeur. Pour ce faire, il est absolument essentiel que la langue ajoute de nouveaux mots à son lexique (et en perde d’autres) si elle veut demeurer vivante. En effet, que les néologismes viennent d’une autre langue (sous forme d’anglicismes par exemple) ou d’une nouvelle philosophie, d’une nouvelle technologie, ne change rien par rapport à la survie de la langue. L’emprunt d’un mot d’une autre langue pour créer un néologisme est seulement problématique s’il y a une interférence sémantique ou phonétique entre le nouveau mot et le code existant. Par exemple, utiliser le verbe « supporter » dans le sens de « soutenir » est problématique, parce que supporter quelqu’un, en français, signifie « tolérer avec difficulté » et non « fournir du soutien ». Ainsi le verbe existe déjà en français et cause une interférence significative, et donc son usage va éroder la qualité de la langue. Cependant, certains anglicismes ajoutent à la langue; par exemple, « cool » n’existe pas en français, tandis que « cute », l’exemple d’Hermel, existe et « mignon » est un mot absolument acceptable pour « cute ». Sans pour autant dire que « cute » ne devrait pas être ajouté au lexique français (en revanche, tel que je l’ai proposé dans un bloque précédent, il serait mieux de franciser le mot en l’écrivant « quioute », tel que « quiquer » et « peuncher »). On pourrait dire que certains anglicismes, comme ceux-ci, nous aident à mieux exprimer une idée; c’est-à-dire que ses emprunts rendent la langue plus efficace.

Néamoins, selon Hermel, les Français utilisent des anglicismes qui n’entrent même pas dans ces catégories de l’Office québécois de la langue française. Les anglicismes utilisés le plus couramment par les Français sont des mots qui n’existent pas en anglais, de faux mots anglais, un peu comme le mot « chop suey » par rapport au chinois, inventé pour décrire ce met américain qui n’a aucun rapport culinaire ou linguistique avec son supposé pays d’origine : « chop suey » n’est pas du tout un mlt chinois.

Bien qu’Hermel soit un bon diplomate pour ma part, en tant que Canadien Français, je crois que les anglicismes intégraux, lexicaux et morphologiques que nous utilisons au Québec (et encore plus dans le reste du Canada) sont beaucoup plus dangereux que les anglicismes utilisés par les Français.

Par exemple, un autre type d’anglicisme qui est très répandu parmi les Canadiens Français (québécois ou autres) est l’anglicisme morphologique, par exemple, lorsqu’on dit « appliquer » pour un emploi au lieu de « postuler ». Le verbe « appliquer » existe déjà en français et a un autre sens. Par contre, si on est en train d’approfondir le sens du verbe appliquer pour lui donner un autre contexte et si on est en train de donner un synonyme à « postuler », on dirait que l’ajout est bénéfique. Cependant vu que le mot postuler n’a qu’un seul sens et que l’usage d’« appliquer » causera la disparition de « postuler ». Selon moi, l’anglicisme « appliquer » (to apply) n’ajoute pas au lexique, car il enlève un mot et le remplace par un autre mot qui a déjà un autre sens. Il y a peut-être même une petite question d’équité : « postuler » n’a que ça, tandis qu’« appliquer » a déjà un sens (et plusieurs contextes). Par pitié, il faut laisser « postuler » tranquille….le pauvre !

Ceux qui lisent se blogue savent que je suis pour l’évolution et la transformation de la langue et que je crois que le lexique dois changer (et la grammaire aussi) pour que la langue demeure pertinente. Cependant, pour qu’une langue survive, il faut que le lexique grandisse certes, mais dans le but d’améliorer la langue et non de l’affaiblir. Certains anglicismes comme l’exemple cité au dernier paragraphe, affaiblissent la langue.

Par ailleurs, je ne crois pas que les emprunts comme « bronzing » ou « forcing » ou même « weekend » ou « parking » affaiblissent énormément la langue. Pour les deux premiers, il s’agit surtout de mots à la mode (lesquels disparaitront probablement dans quelques générations) et pour les deux autres, ils ajoutent de la profondeur au lexique, car ils n’ont pas d’autre sens; tout comme leurs synonymes : « fin de semaine » et « stationnement ». J’insiste cependant qu’ils soient francisés (« parquingue » et « wikainde »).

Malheureusement, l’exemple cité par Hermel du franco-ontarien qui utilise des anglicismes intégraux ainsi que des anglicismes grammaticaux et lexicaux, à un tel point que la langue parlée ressemble plus à l’anglais (du moins du point de vue lexical) qu’au français me préoccupe beaucoup plus. J’ai entendu plusieurs conversations de ce genre hors du Québec (et quelques fois au Québec aussi. Et selon moi, lorsqu’on ajoute à ce genre d’anglicismes, les anglicismes morphologiques et syntaxiques cités plus hauts, ainsi que les innombrables fautes grammaticales (liés aux accords et à la conjugaison), on se rapproche beaucoup plus de l’érosion et de la disparition de la langue.

Un autre fait intéressant est que, selon la source, les anglicismes représentent au plus 5000 et au moins 2500 mots de notre langue (que ce soit le dialecte québécois ou parisien). Tout au plus cet affront à la pureté de notre langue représente moins de 1% de notre lexique. Cependant, l’anglais tel qu’il est parlé aujourd’hui dans le monde, contient entre 20% et 30% de son lexique d’origine française. L’anglais a non seulement survécu à l’envahissement de la langue française, mais c’est une langue plus riche grâce à son appropriation du lexique français.

Donc, quel est le verdict ? Les anglicismes sont-ils des ajouts qui boosteront notre langue ou des interférences néfastes, l’overdose desquelles mènera à notre extinction ? J’attends votre feedback ! 🙂

Le mythe du bilinguisme

Voici une vision linguistique du futur de notre territoire Canadien. Qu’en pensez vous ?

Dans ce blogue, je vous propose un questionnement sur le bilinguisme canadien. Je vous présente certaines découvertes populaires faites sur google et youtube lesquelles ouvriront la discussion sur le sujet du bilinguisme canadien.

La francophonie ou le bilinguisme ?

Pour débuter, je vous propose ces sites sur la francophonie, ou plutôt identifiés comme étant sur la francophonie, mais qui sont, en fait, à propos du bilinguisme.

Ce concours est fort intéressant, car il est présenté par un organisme qui a pour mission de promouvoir la francophonie, mais le concours promeut le bilinguisme et non la francophonie :

http://rvf.ca/concours-francophonie-s-eclate.php

et ce blogue présente un point de vue novateur sur la francophonie :

http://rvf.ca/blogue/2012/10/29/french-only/

Pourquoi la francophonie implique-t-elle le bilinguisme ? À priori, la francophonie devrait impliquer seulement le français, donc, l’unilinguisme francophone. En effet, l’anglophonie n’implique pas le bilinguisme du tout; l’anglophonie n’implique que l’unilinguisme. C’est-à-dire que l’anglophonie n’est pas comparée à la francophonie, ni au bilinguisme. L’anglophonie existe seule. Surtout au Canada, lorsque le sujet de l’anglophonie est amené, personne ne pense au français ou au bilinguisme. Donc, pourquoi le bilinguisme est-il un élément central de la francophonie ? Est-ce à cause de la position minoritaire du français ?

Le miroir du Canada : le Cameroun

La situation au Cameroun est l’inverse de celle au Canada. En effet, au Cameroun ce sont les anglophones qui se sentent menacés par la francophonie et qui revendiquent leurs droits linguistiques et culturels. Quels sont les parallèles à la situation canadienne ? Voici deux articles forts intéressants sur le sujet :

http://www.slateafrique.com/87603/cameroun-anglophones-partition-independance-biya

http://www.afriqueindex.com/Quiz/documents/Bilinguisme-au-Cameroun-et-au-Canada.pdf

Le mythe du bilinguisme

Un pays peut-il être bilingue ? Certes, ses politiques, ses directives et son fonctionnement administratif peuvent l’être, mais le pays en tant que tel ne l’est pas. Évidemment, lorsqu’on fait référence au bilinguisme du Canada, on implique que son peuple est bilingue, mais comme nous démontre ce site et cet article dans le devoir, la majorité des Canadiens ne sont pas bilingues :
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amnord/cnddemo.htm

http://www.ledevoir.com/politique/canada/335685/la-replique-bilinguisme-harper-homme-bilingue

En effet, moins de 30% des Canadiens sont bilingues. Le côtoiement d’anglophones unilingues et de francophones unilingues ne construit pas un pays bilingue : un verre de lait à côté d’une barre de chocolat, ce n’est pas du lait au chocolat. Donc, le bilinguisme canadien est-il un mythe ? Ne faudrait-il pas que la majorité de nos habitants soient en effet bilingues pour que nous puissions nous considérer comme un pays bilingue ?

Le Nouveau-Brunswick : province officiellement bilingue !

Notre seule province officiellement bilingue est le Nouveau-Brunswick, mais ce bilinguisme est douteux. Ces deux vidéos, un informatif, l’autre ludique démontrent bien cette réalité.

Informatif :

Ludique :

May I speak English in Québec ?

Au Québec, seule province francophone du Canada, la francophonie devient le bilinguisme et non l’unilinguisme anglais; rares sont les jeunes Québécois francophones qui ne parlent pas un mot d’anglais. Par contre, dans les provinces anglophones, rares sont les anglophones bilingues. De plus, à Montréal, nombreux sont les anglophones qui ne parlent pas un mot de français. Cependant, cette minorité anglophone au Québec se dit menacée :
http://cnews.canoe.ca/CNEWS/Canada/2012/03/31/19576261.html

Croyez-vous que l’anglais au Québec soit menacé ? Qui plus est, cette perspective implique-t-elle l’existence d’un pays (ou même d’une ville) bilingue ? Ou renforce-t-elle la thèse d’un pays à double unilinguisme ? Ce blogueur présente la thèse que le Canada n’est pas un pays bilingue :

http://www.canada1867.ca/2010/09/canada-is-not-bilingual-country.html

Une perspective

Selon moi, la raison du mythe est que l’unilinguisme est un percept fondamentaliste intransigeant; un dangereux préjugé et comme tous les préjugés, il est fondé dans l’ignorance. Ce préjugé dépend de certaines faussetés acceptées; aussi, il a besoin que des suppositions non fondées et non prouvées soient considérées côte à côte avec des faits vérifiés et vérifiables pour que ceux qui les entendent les confondent.

Par exemple, plusieurs unilingues craignent que le bilinguisme limite la compétence de l’enfant dans les deux langues, tandis que l’unilinguisme assure la compétence dans la seule langue parlée. L’idée est fondée sur la croyance (absolument fausse) que le cerveau humain ne peut assimiler qu’une quantité limitée de données linguistiques et que si l’on parle plusieurs langues ces données doivent être divisées sur plusieurs langues. Il s’agit d’une conception concrète du savoir; comme si nos connaissances ne pouvaient tenir que dans une seule boite qui a un volume limité. En effet, à part les semeurs de haine, la plupart des unilingues ont peur et cette peur est fondée sur des mythes par rapport au bilinguisme : « these fears are often founded on four myths: (1) the myth of the monolingual brain; (2) the myth of time-on-task; (3) the myth of bilingualism and language impairment; and (4) the myth of minority language children. » (Genessee, 2009. 1)

http://www.cpfont.on.ca/nav/research/media/Early%20Childhood%20Bilingualism%20-%20Perils%20and%20Possibilities,%20Fred%20Genesee,%20April%2009.pdf

Il faut ajouter que ces mythes n’existent que parce que notre société nord-américaine promeut l’unilinguisme. Par conséquent, la plupart des membres de la société sont unilingues et vu que les unilingues évoluent différemment, le bilinguisme leur fait peur. L’enfant bilingue évolue différemment et a une vitesse différente que l’enfant unilingue, mais ils se rejoignent et la plupart des recherches démontrent que l’enfant bilingue dépasse l’enfant unilingue.

Trudeau était-il un visionnaire linguistique ?

La vision trudeauiste du Canada parfaitement bilingue a souvent été critiquée. Malheureusement, Trudeau n’était pas un linguiste, mais un politicien. Le politicien a donc imposé le bilinguisme sur le gouvernement fédéral, mais les citoyens, eux, ne sont pas devenus bilingues.
Voici une vidéo intéressante d’une émission diffusée sur Radio-Canada le 9 juillet 1976 dans laquelle Pierre-Elliott Trudeau présente bien sa perspective sur sa vision du bilinguisme. Qui plus est, il explique que les Québécois (francophones) ont la responsabilité de l’aider à « vendre le bilinguisme » aux anglophones.

http://archives.radio-canada.ca/politique/premiers_ministres_canadiens/clips/12893/

Selon moi, pour que notre pays devienne réellement bilingue, il faudrait que le bilinguisme soit valorisé plutôt que l’unilinguisme. Devrions-nous donc cesser de nous représenter en tant que francophones bilingues et anglophones bilingues ? Devrions-nous plutôt simplement être bilingues : anglophones ET francophones ? Devrions-nous éliminer les écoles francophones et les écoles anglophones et n’avoir que des écoles bilingues ― pas nécessairement des écoles d’immersion ― à l’échelle du pays ? Devrions-nous demander à ce que chaque citoyen canadien puisse communiquer en les deux langues officielles pour travailler dans n’importe quel poste public ? Et si vous répondez « non » (ou « absolument pas ! ») à n’importe laquelle de ces questions, valorisez-vous le bilinguisme ou l’unilinguisme ? Croyez-vous en un pays bilingue ? Car je dirais que Si on ne croit pas en un pays bilingue, on soutient donc un pays unilingue (ou plusieurs pays unilingues).

Et finalement, selon vous, pourquoi l’unilinguisme est-il si valorisé dans notre société ?

De l’indo-européen aux langues romanes aux langues proto-anglaises ?

Voici une vidéo extrêmement informative et particulièrement divertissante:

C’est une superbe présentation, mais en particulier, son rapprochement entre le latin et l’anglais m’intéresse beaucoup. L’anglais est-il pour nos langues romanes ce que le latin a été pour les langues barbares que l’on parlait en Europe avant les conquêtes romaines ? En d’autres mots, « on est passé de l’indo-européen (langue agglutinante) au latin (langue flexionnelle), puis aux langues romanes (langues de type isolant ou analytique à morphologie forte) » (Begioni, Rocchetti. 85) . Les langues romanes sont donc nées d’une fusion entre le latin et les langues barbares d’Europe, l’anglais sera-t-il notre prochaine fusion ?

Michela Russo, dans sa présentation du 38e numéro de la Revue des recherches linguistiques de Vincennes propose que « les langues romanes ne dérivent pas directement du latin classique standard, mais [sont] les continuatrices du latin parlé, le ‘latin vulgaire’ issu de l’usage quotidien » (6). De plus, bien que les langues romanes se ressemblent et que leur source latine est clairement visible, elles ne sont pas des dialectes du latin, ou de simples variations du latin. On pourrait donc conclure que le latin, langue dominante, langue du conquérant ne l’était pas exactement du point de vue linguistique. En effet, le latin était peut-être moins l’envahisseur que la muse, l’influence et cette influence a été différente selon les différents locuteurs. Il se pourrait donc que les peuples barbares sur qui le latin avait été imposé aient plutôt utilisé le latin pour renforcir leur langue de la façon qu’ils le voulaient. Et voilà pourquoi nous ne parlons pas tous latin. Si le latin avait réelement dominé, nous parlerons latin, non ?

Au contraire, le latin est devenu la langue morte et les langues des conquis existent toujours sous leur forme latine ou romane. De toute façon « [l]a transformation du latin en néolatin est un phénomène non pas linéaire mais complexe, dû à l’interaction de paramètres multiples, ce qui exclut tout principe de monocausalité en diachronie » (7) donc, il est simpliste de décrire la formation de nouvelles langues au cours d’un millénaire en parlant de dominant et de dominé. En réalité, bien que le peuple ait été dominé, la transformation linguistique n’avait rien avoir avec la domination. Selon ma compréhension du phénomène, c’est plus comme l’exploitation d’une nouvelle ressource. Le latin est apparu et chacun l’a exploité pour améliorer sa propre langue dans le but de créer le français, l’espagnol, l’italien, le roumain et même (jusqu’à un certain point) l’anglais.
La question devient donc : l’anglais est-il le latin du 21e siècle ? Et si c’est le cas, et si l’on considère le sort du latin, est-ce les locuteurs des langues influencées qui devraient s’inquiéter ou les locuteurs de l’anglais ?

En effet, si on suit le même modèle historique, dans cinq-cents ans, on parlera un néofrançais (fortement influencé par l’anglais), mais on ne parlera plus l’anglais.
Ceux parmi vous qui se spécialisent en linguistique diachronique et en typologie historique pourraient proposer des hypothèses…

Bibliographie:

Begioni Louis et Rocchetti Alvaro, « La déflexivité, du latin aux langues romanes : quels mécanismes systémiques
sous-tendent cette évolution ? », Langages, 2010/2 n° 178, p. 67-87.

Recherche linguistique de Vincennes, 38 | 2009 : Pour une typologie diachronique et synchronique des langues romanes

Parler la langue majoritaire pour sauver la langue minoritaire

Voici un extrait intéressant d’une émission de radio … http://www.cbc.ca/player/Radio/C’est+la+vie/Full+Episodes/ID/2236557498/

La section à la fin durant laquelle des francophiles expliquent leur utilisation du mot « résister » est un peu ridicule, mais le documentaire sur l’assimilation de l’inuktitut dans le Nord du Québec est fascinant. L’hôte de l’émission, Bernard St-Laurent, compare les enjeux linguistiques à ceux du Québec. Malheureusement, bien que je puisse comprendre le désir de Monsieur St-Laurent de mettre ce reportage en contexte pour ses écouteurs, je pense qu’il s’est trompé de province. Au Québec, la plupart des parents francophones parlent à leurs enfants et à leurs petits-enfants en français. Les jeunes écoutent des artistes francophones, s’expriment aisément et délibérément en français. Certes, la culture américaine et l’anglais influencent la langue, mais de la même façon qu’en France. Il est vrai que les anglophones montréalais refusant d’apprendre le français ont causé un genre de bilinguisme artificiel au centre-ville dans certaines banlieues et à l’ouest de l’ile de Montréal, mais dans la plupart de la province, le français règne et non le bilinguisme (certainement pas l’anglais !) Qui plus est, la majorité des Québécois francophones vivent et travaillent entièrement en français. L’anglais occupe pour la plupart une place complémentaire au français.

Par contre, en Ontario, la majorité des francophones vivent et travaillent en anglais et doivent faire un effort pour utiliser leur langue maternelle. Dans la plupart des cas, ils doivent créer des situations artificielles durant lesquelles ils peuvent utiliser leur français. En effet, même pour un francophone choyé comme moi, qui travaille entièrement en français, ma vie à Toronto n’est jamais en français. D’un point de vue pratique, mon français m’est absolument inutile à Toronto; je n’ai pas besoin du français, pour prendre le métro, acheter mes épiceries ou pour n’importe quelle autre nécessité de la vie, mais j’ai besoin de l’anglais. La situation est la même au Manitoba et au Saskatchewan et encore pire en Alberta et en Colombie-Britannique. Par conséquent, la situation de l’inuktitut hors de Ninavut est beaucoup plus proche de la situation du français hors Québec.

En effet, en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan les enjeux sont similaires : les parents veulent garder leur langue, mais ils ne la parlent pas autant qu’ils devraient; les grands-parents insistent à garder leur langue et ils forcent leurs petits-enfants à la parler, mais les enfants, eux, rejettent cette langue, plate, inutile, pas « cool » de la même façon (et pour les mêmes raisons) qu’ils rejettent leurs parents et leurs grands-parents, qui ne sont pas branchés à la réalité moderne du tout ! Souvent, les parents francophones souffrent d’ « hypocrisie inconsciente », c’est-à-dire qu’ils sont fiers d’être francophones et ils veulent parler leur langue, mais ils préfèrent, secrètement et coupablement, parler l’anglais; ils ne lisent qu’en anglais, ne regardent que des émissions de télévision et des films en anglais et lorsqu’ils utilisent des mots et des expressions anglaises, ils se sentent plus à l’aise. C’est de l’hypocrisie, car souvent, ces derniers s’identifient comme des francophones avant tout et ils imposent l’unilinguisme francophone à leurs enfants et aiment être vus comme des ardents défenseurs de cette francophonie menacée; tandis qu’ils préfèrent l’anglais au français.

Et c’est cette dichotomie artificielle entre une langue et l’autre, qui, je pense menace notre langue plus que la dévalorisation. Dans l’émission sur l’inuktitut, la grand-mère, elle aussi, voit le bilinguisme et le multilinguisme comme des menaces à la survie de l’inuktitut. Elle croit que pour que l’inuktitut survive, il ne faut pas que les enfants parlent français et anglais. C’est un point de vue qui est partagé par plusieurs: la langue a besoin d’exclusivité pour survivre; pour survivre contre une langue dominante, il faut, comme nous dit l’hôte de cette émission, « résister ». D’ailleurs, comme les Inuits, nous, les Canadiens français hors Québec, sommes constamment forcés à valoriser notre langue, à la défendre contre l’anglais et à tenter de la rendre plus séduisante, plus utile que l’anglais. Nous devons constamment prouver à nos enfants, ainsi qu’à nous-mêmes que le français est meilleur que l’anglais; que c’est une langue supérieure. Cependant, nous savons tous que ce n’est pas le cas du tout. D’un point de vue linguistique, aucune langue n’est supérieure à une autre, chacune n’est qu’un mode de communication. D’un point de vue pratique, nous savons très bien que si nous comparons l’anglais au français, c’est le français qui perdra. L’anglais est plus utile dans notre société ― ce qui n’est pas nécessairement le cas au Québec ou en France, mais au Canada anglais, certainement ! Au lieu de considérer le multilinguisme et la coexistence de plusieurs langues, nous les plaçons l’une contre l’autre. Une doit être abandonnée pour que l’autre puisse s’épanouir.

Ce qui me frappe en écoutant ce reportage à propos de l’inuktitut et en réfléchissant au parallèle à ma propre langue dans ma culture franco-ontarienne, c’est l’erreur que nous commettons tous en croyant qu’il y a une dichotomie, que les deux langues sont en compétition et qu’une doit gagner sur l’autre. Ce point de vue intransigent semble un peu ridicule à l’enfant bilingue. Pour lui, les deux langues(ou trois ou quatre pour l’enfant multilingue) sont les siennes, et il trouve étrange qu’une doit supplanter l’autre. En effet, pour ceux d’entres-nous qui sommes bilingues depuis un très jeune âge, nous devons admettre qu’être bilingue implique être anglophone ET francophone (ou anglophone et inuktitophone); ce qui veut dire que nous sommes aussi des anglophones ! Nous sommes secrètement des anglophones, « we are closet anglophones! ». De plus, si nous réalisons qu’une langue ne doit pas supplanter l’autre, nous libérons les deux langues ! Nous ne nous sentons plus coupables de vouloir parler l’anglais, et le français perd son statut de langue menacée. Au contraire, elle devient une langue que l’on veut parler. Elle n’est plus NOTRE langue, la seule, la vraie, elle est UNE de nos langues.

De plus, maintes recherches ont prouvé que l’apprentissage de plusieurs langues est bénéfique au développement des habiletés cognitives et sociales. En effet, parler plusieurs langues ouvre l’esprit et étend la vision du monde. Donc, pourquoi sommes-nous si dédiés à l’unilinguisme avant tout ?

Selon moi, c’est en apprenant le français et l’anglais et l’inuktitut et toute autre langue comme langues premières qu’on va s’assurer de bien parler chacune des langues. C’est en valorisant toutes les langues qu’on va sauver les langues minoritaires.

Il faut changer notre perspective unilingue et compétitive pour une perspective multilingue et inclusive. Par exemple, je suis québécois, je suis francophone, je m’identifie comme francophone. Cependant, j’ai commencé à écrire des poèmes en anglais à l’âge de 8 ans; j’ai écrit des pièces de théâtre et des nouvelles en anglais. Culturellement, je suis Canadien français, certes, mais linguistiquement, je suis autant anglophone que francophone. Et j’espère que mes enfants seront multilingues aussi et qu’ils s’identifieront comme francophones, anglophones, hispanophones (car ma femme est d’origine argentine) et qui sait ? Peut-être s’identifieront-ils avec plusieurs autres langues ? Non comme langues secondes, mais comme leurs langues à eux. Peut-être que la dichotomie L1 et L2 devrait être abandonnée ? Peut-être devrait-on tout simplement parler des langues maternelles (au pluriel) et des langues adultes (au pluriel).

Qu’en pensez-vous ?

Sauve ma langue (que je ne parle plus) !

Je vous propose cette vidéo.

Il s’agit d’une vidéo revendiquant les langues maternelles autres que celles qui sont reconnues sur Internet et dans les politiques mondiales; surtout, disons-le, langues autres que l’anglais. Cette vidéo nous annonce la nouvelle campagne de sensibilisation lancée par les Nations-Unies pour sauver les langues à risque d’extinction.

Je trouve intéressant que cette vidéo soit en anglais, étant donné que les langues à risque le sont, car les locuteurs ont cessé ou cesseront de les parler. De plus, sauf pour le cas de politiques discriminatoires mises en places pour éradiquer une culture, on cesse de parler « sa » langue quand on en privilégie une autre (ou plusieurs autres) que l’on considère comme plus utile que la nôtre. Dans la plupart des cas, l’anglais est la langue « utile » par excellence. Donc, que cette vidéo soit en anglais ― alors que plusieurs diraient que l’anglais est la langue séductrice, la langue zizanie, responsable de l’extinction de plusieurs langues ― est intéressant.

Que pensez-vous de cette initiative ? Est-elle nécessaire ? Est-elle bien conçue ? Sera-t-elle efficace ?

Bonnes intentions, mauvaise initiative

Pour ma part, je pense que comme pour la plupart des initiatives des Nations-Unis, les intentions sont bonnes, mais l’application laisse beaucoup à désirer et la réflexion n’a pas été approfondie.

Nombreux sont les sites gérés par des bollés de la statistique comme celui-ci qui nous explique de façon très claire que les langues ont surement pas toutes la même valeur. La catégorie de l’ukrainien, du tagalog et du mongol ne rejoindra jamais la catégorie de l’arabe, de l’anglais et de l’espagnol. Et il faut complètement oublier le poids qu’ont le lambadi, le konkani ou l’oriya.

Il est évident que certaines langues sont plus parlées, plus utilisées et franchement plus utiles. Avant de vous énerver le poil des jambes (comme disais ma chère maman) , calmez votre verve anti-discriminatoire et politiquement correcte et posez-vous franchement la question : si votre enfant bilingue (anglais/français) de quinze ans qui a des notes assez médiocres, mais qui est assez doué en langue vient vous dire qu’il va en apprendre une troisième, seriez-vous plus heureux s’il vous annonçait qu’il allait apprendre l’espagnol ou le bagheli ? Le mandarin ou le chittagonien ? l’arabe ou le mewati ? Ou est-ce que ça vous est égal ? Si vous êtes honnête, vous préfèreriez que votre enfant apprenne une langue qui lui sera utile telle que l’arabe, le mandarin ou l’espagnol. Sauf si ce sont les langues de votre culture traditionnelle, probablement que les autres langues citées vous sont complètement inconnues. Je vous garantis que l’apprentissage de toutes ces langues (les connues et ainsi que les moins connues) sera tout aussi enrichissant, stimulant et intéressant. D’un point de vue linguistique toutes les langues sont égales, donc il n’y a pas de « mauvaise » langue. Mais, quelle est l’utilité d’une aisance en magahi ?

Et voilà la première lacune de cette initiative : elle n’est pas réaliste. Certes, plusieurs langues ont disparu à cause de politiques mises en place pour les détruire, mais certaines langues ont disparu ou disparaissent tout simplement par ce que personne ne veut les parler.

Le poids des langues

Il est donc essentiel de définir les critères qui décident « la valeur » ou le poids d’une langue ? Les premiers sont : le nombre de locuteurs, la pénétration sur Internet, la quantité de textes traduits dans cette langue et le statut de la langue (officielle ou non). Il y a d’autres critères, mais voilà les plus importants.

Le nombre de locuteurs

D’un point de vue pratique, comment peut-on « sauver » ces langues ? Peut-on forcer les locuteurs de les parler ? Certes, on doit abolir les lois discriminatoires érigées contre ces langues, mais dans le cas de langues qui ne sont pas du tout discriminées, comme les langues autochtones au Canada, qui reçoivent même des subventions gouvernementales pour leur enseignement; que peut-on faire si les jeunes autochtones ne veulent tout simplement pas parler leur langue traditionnelle ? Pour qu’une langue soit parlée, il faut que les gens veuillent la parler. Si une langue n’est tout simplement pas séduisante, sa mort est inévitable. Je sais que plusieurs pourraient se fâcher devant cette réalité, mais n’est-ce pas une évolution naturelle ?

La pénétration sur Internet

L’anglais, bien sûr, domine dans cette catégorie. Cependant, l’anglais domine par ce que l’anglais est la langue qui utilise Internet le plus, et de façon plus efficace. Certains groupes d’activistes ce sont organisés pour écrire une grande quantité d’articles sur Wikipédia (mal écrits et mal traduits) pour hausser le statut de leur langue. Mais est-ce une réelle pénétration Internet ? Avons-nous oublié qu’Internet n’est qu’un outil ? Si Internet n’est qu’un outil, est-ce que celui qui achète le plus de marteaux est forcément celui qui sait le mieux utiliser cet outil ? Pour maitriser un outil, il faut bien l’utiliser.

C’est à dire, qu’au lieu de « tricher » en mettant toutes sortes de textes inutiles en notre langue sur Internet, si nous voulons hausser notre pénétration sur Internet, il faut utiliser cet outil è bon escient. Il faut créer des réseaux dans notre langue, des centres d’étude et d’apprentissage dans notre langue, des cours et des ressources pour ceux qui veulent apprendre notre langue. Des sites multilingues qui invitent les non-natifs à apprendre notre langue et surtout,  il faut des ressources, des nouvelles, des informations intéressantes, des sites pour tous les âges et des sites originaux en notre langue.

Malheureusement, même après tout ça, Internet n’est qu’un outil qui reflète la réalité de notre société. Il est vrai que notre société mondiale est inégale et injuste; il est vrai que les sociétés européennes et américaines dominent et exploitent les autres sociétés mondiales; et il est aussi vrai que la langue de la domination et de l’exploitation est l’anglais, mais Internet n’est pas responsable des ces inégalités sociales, Internet n’est qu’un miroir qui les reflète. Pour qu’Internet soit vraiment multiculturel, il faut que notre société le devienne.

La quantité de textes traduits

Ici, encore, il faut être pratique. Devrons-nous traduire des textes que personne ne va lire, simplement pour donner l’impression qu’une langue est plus utile qu’elle l’est ? Plus la langue est obscure, moins il y a de traducteurs. Qui plus est, le nombre de traductions dépend du nombre de lecteurs, ce qui dicte le nombre de traducteurs. C’est une boucle, qui ne peut pas être manipulée artificiellement. Il n’y a pas de traduction « magique ». Une vraie traduction implique le travail d’un traducteur. Les logiciels traducteurs (babelfish, google translate, etc.) sont utiles jusqu’à un certain point, mais ils ne peuvent pas vraiment traduire un texte. De plus, les logiciels de traduction, eux aussi, sont affectés par la boucle, c’est à dire, que le plus la langue est obscure le moins bien elle est traduite par le logiciel.

Le statut de langue officielle

Voici une direction qui s’avère intéressante. Peut-être que si la plupart des gouvernements privilégiaient le multilinguisme et si chaque pays avait quatre ou cinq langues officielles, à ce moment, on pourrait « sauver » plus de langues. Mais encore, les langues que l’on sauverait seraient tout de même des langues assez populaires. Certes, elles pourraient être des langues « un peu moins parlées », mais elles ne seraient pas les langues « à risque ». Les langues réellement à risque de disparaitre ne figureront pas sur la liste des langues officielles. Par exemple, au Canada, serait-ce plus logique d’ajouter, l’hindou, le mandarin et l’espagnol aux langues officielles ou le cri, l’ojibway et l’inuktitut ? Selon le nombre de locuteurs canadiens, la première proposition a beaucoup plus de sens. On pourrait ajouter une langue autochtone selon la région (au Canada, il y en a plus de 50), ce qui aiderait à la survie de la langue, mais au point de la garantir ? Honnêtement, je crois que certaines langues mourront quoi que l’on fasse. « Nationaliser » ces langues mourantes est similaire à la préservation cryogénique, la langue demeurera artificiellement en vie en tant que langue folklorique ou d’héritage, mais elle ne sera pas réellement vivante; elle ne sera pas réellement parlée.

Faut-il donc laisser les langues mourir ?

Oui et non. Selon moi, il est essentiel que l’on respecte toutes les langues. Il faut abolir toutes les lois qui limitent la divulgation et l’enseignement de certaines langues et assurer l’accès à l’enseignement et au service dans une langue là où la population de locuteurs de cette langue le justifie. Si ces lois étaient abolies, les langues évolueraient naturellement, et peut-être que certaines langues « à risque » renaitreraient ― comme le cas du quechua au Pérou ―, mais, il faut aussi accepter que la plupart des langues ne meurent pas, elles évoluent, elles se transforment, elles se mêlent, elles deviennent d’autres langues.

Par contre, on devrait au moins respecter celles qui vont mourir assez pour leur permettre une mort naturelle, sans tubes, sans machines artificielles. On devrait les documenter (bien sûr !) et les garder dans des bibliothèques à des fins archéologiques, scientifiques et historiques, mais on ne devrait pas les garder en vie artificiellement. Ce serait créer des monstres de Frankenstein de nos cultures linguistiques et qui aime la linguistique devrait haïr cette idée.

Claude Hagège contre Les maudits américains !

Je vous invite à réfléchir sur les propos du linguiste Claude Hagège en visionnant la vidéo :

Alarmiste, peut-être, mais son ton polémique n’est pas exagéré. Ses propos son soutenu par des faits très clairs. Ce site de l’université Laval expose bien la réalité de la disparition des langues http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/langues/2vital_mortdeslangues.htm . Cependant, est-ce que tous ces faits historiques prouvent que le français risque d’être « assassiné » par l’anglais ? Voici où son discours sort du stimulant et entre dans la polémique plus ou moins haineuse.

 

Prenons un peu de recul: pensons à la langue anglaise et à l’Anglais (l’unilingue) qui ont tous deux, de différentes manières, un effet néfaste sur la culture francophone, sur le (ou la) francophone et sur la langue française. Sur ce thème, je pense que le Canadien Français peut beaucoup plus se plaindre que le Français de France. En France, leur frontières bien protégées, leur patrimoine souverain, la langue existe en position dominante et non menacée (sauf bien sûr par la mondialisation). Par contre, au Canada, ou plus spécifiquement ici en Ontario, nous n’avons gagné le droit à nos écoles de langues françaises qu’en 1997. Avant ça et depuis plus d’un siècle, les politiques officielles en Ontario, au Manitoba et en Colombie-Britannique visaient l’éradication des francophones. En Colombie britannique et en Alberta d’ailleurs les francophones n’ont toujours pas gagné leurs droits linguistiques. Les Québécois ont dû se battre pour avoir une province francophone et même après leurs gains, les anglophones au Québec ont beaucoup plus de droits linguistiques que les minorités francophones au Canada (j’invite tous les lecteurs de se blogue de courir à leur bibliothèque et chez leur libraire et d’emprunter ou (encore mieux) d’acheter MAUDITS ANGLAIS : LETTRE OUVERTE AUX QUÉBÉCOIS D’UN FRANCO-ONTARIEN de Jean-Paul Marchand pour en savoir plus sur la réalité des Canadiens anglophones au Québec comparée à la réalité des Canadiens francophones hors Québec).

Bref, en tant que Canadien Français je devrais soutenir la polémique de Claude Hagège. Et j’avoue qu’il m’impressionne énormément. Après tout, je me bats contre les Anglais depuis des générations. En effet, si on veut dire que les francophone sont en guerre contre les anglophones du monde (surtout les Américains), nous, les Canadiens Français nous sommes sur le front, et même derrière les lignes ennemies. C’est d’ailleurs ce qu’a dit ma mère lorsqu’elle a appris que je comptais déménager de Montréal à Toronto, il y a maintenant dix-sept ans  : « Attention, tu vas derrière les lignes ennemies ! » Manifestement, pour elle, péquiste, s’étant battu pour défendre non seulement les droits linguistiques, mais aussi les droits culturels des Canadiens Français, le Québec est notre bastion, notre forteresse francophone;  le reste du Canada : le territoire ennemi. Pour moi, le fait que des millions de mes frères et soeurs Canadiens Français habitaient dans ce territoire, persécutés, oubliés par la horde québécoise, m’inspirait. Il me semblait une extension logique de ma mission familiale : ma mère avait aidé Réné Levesque à la création d’un Québec dont nous pouvions être fiers, moi je devais étendre cette oeuvre au reste du Canada. Je rêve encore et toujours à l’établissement d’une nation canadienne-française, non limitée par un territoire, mais unie par une histoire commune et une langue commune et défendue dans tout le pays.

 

Mais est-ce l’Anglais (l’Américain, le Canadien anglais) ou la langue anglaise qui est mon ennemi ? Voilà où, selon moi, Hagège se perd. Linguiste, homme brillant, il se concentre sur les faits de la disparition des langues minoritaires, des langues dominées et il nous menace des dangers de l’anglais. Mais ce n’est pas la langue anglaise qui menace notre langue, ce sont les politiques unilingues, discriminatoires ou qui limitent l’évolution naturelle de la langue qui menacent notre langue. De plus, c’est l’attrait de la langue anglaise (américaine surtout) qui menace notre langue. Mais peut-on vraiment accuser les Américains par ce que leur langue est trop attrayante ?

 

Par rapport aux politiques linguistiques, l’état d’une langue ne peut être jugé hors de son histoire. Certes, il y a des anglophones au Canada qui dénoncent les politiques mises en place pour protéger la langue française. Et on pourrait soutenur leur point de vue en constatant que de telles politiques nuisent à l’évolution naturelle d’une langue. Cependant, il faut se souvenir que ces politiques sont en réaction aux politiques discriminatoires qui avaient été la norme (et qui sont encore la norme dans l’Ouest canadien) pour des siècles au Canada. La raison pour laquelle nous devons mettre en place des politiques pour protéger le français au Canada aujourd’hui, n’est pas parce que l’anglais a un effet néfaste sur le français, mais plutôt c’est pour contrecarrer les politiques qui ont été mises en place par des Anglais dans le passé et qui avaient pour seul but de détruire le français au Canada.

 

Mais attention ! l’Anglais (soit tous les anglophones du Canada personnifié) n’est plus mon ennemi ― certes, certains le sont, mais, optimiste, je pense que la plupart ne le sont plus ― mais il l’a très évidemment été. Par conséquent, il est impossible de parler d’une évolution naturelle de la langue française au Canada, ni de l’évolution naturelle du bilinguisme. Car les deux ont été manipulés par des politiques discriminatoires et des politiques réactionnaires.

 

L’« évolution naturelle » est tout simplement la transformation diachronique d’un code linguistique sans que des politiques linguistiques soient mises en place. C’est le cas des langues romanes qui ont évolué d’un mélange des langues conquises et du latin conquérant. Certes, les langues meurent lorsqu’elles ne sont pas parlées, mais on n’a jamais prouvé que le contact d’une langue mène à sa destruction.

 

En effet, une des forces de l’anglais est sa malléabilité. L’anglais est une langue qui a assimilé plusieurs autres langues; une langue qui a été souvent transformée et qui a toujours évolué selon les différents conquérants au cours du moyen-âge. Je pense que le succès d’une langue dépend, comme nous enseigne la fable du chêne et du roseau, de sa flexibilité, mais plus particulièrement de son ouverture au changement; de sa malléabilité. Les langues ne meurent pas lorsqu’elles s’adaptent, elles se transforment, elles deviennent de nouvelles langues, mais elles ne meurent pas. Personne ne devrait s’attrister sur le sort du latin, car le latin est toujours très vivant dans les langues romanes et même dans d’autres langues (Il ne faut que lire le Petit Robert pour découvrir la quantité des mots qui viennent du latin en français). Le latin vit ! Il s’est tout simplement transformé en plusieurs langues.

L’évolution d’une langue n’est pas un assassinat. En effet, si on utilise la métaphore de l’assassinat; en linguistique, il n’y a jamais d’assassinat, il y a seulement des suicides. C’est à dire, qu’une autre langue ne peut pas assassiner notre langue, la seule chose qui peut tuer notre langue c’est si nous arrêtons de la parler. Bien sûr, si l’autre langue nous séduit tant, que nous perdons le gout de parler la nôtre, ce n’est pas causé par une attaque de la langue séductrice, mais par la faiblesse de la nôtre.

 

Voici ce que je propose. Je vais commencer en reprenant les exemples de Claude Hagège : redingote et paquebot sont maintenant des mots français ; à racine anglaise, comme certains autres ont des racines latines ou grecques, mais français tout de même ! Pourquoi ces mots sont-ils français tandis que cheap et loser ne le sont pas ? Par ce que les premiers ont été assimilés par le code français. C’est à dire, ils ne sont plus riding-coat et packet-boat, ils ont été transformés selon les règles graphophonétiques, lexicales et grammaticales du code français. Si tous les emprunts à l’anglais étaient agressivement assimilés ainsi, la langue évoluerait de façon naturelle. On dirait « être tchippe », « il est un louzeux ». Pourquoi pas ?

 

Par ailleurs, je ne félicite pas l’Office de la langue française (ou l’Académie française) d’avoir inventé son propre mot pour computer, si plutôt on avait transformé le mot selon notre code, (une compoutère par exemple) peut-être que le cas aurait été un peu mieux réussi.

 

Ce n’est pas pour dire que les mots comme ordinateur et courriel devraient maintenant être bannis de la langue. Une langue doit toujours aller vers l’avant et non vers l’arrière; ces mots sont en usage donc ils doivent demeurer dans la langue tant que les locuteurs les utilisent. Voici ce que les grammairiens et les défenseurs du « bon usage » oublient : le « bon usage », lui aussi, doit toujours évoluer. Les langues qui n’évoluent pas meurent. En effet, les Grecs anciens insistait sur le bon usage de leur langue, rejetant même les accents qui différaient du grec d’Athènes et ont ainsi « assassiné » leur langue, nous ne devrons pas faire de même.

Les enfants par exemple, peuvent nous enseigner beaucoup. Les petits dans ma classe de troisième année utilisent beaucoup de mots anglais lorsqu’ils ne possèdent pas le mot en français. La maitrise de deux codes linguistique invite ces mélanges tout à fait naturels. Malheureusement, en tant qu’enseignant, je dois être le défenseur du code, donc je les corrige. Cependant, tous les emprunts lexicaux ne sont pas égaux. Lorsque l’enfant utilise le mot en anglais, selon le code anglais « Monsieur, Pierre climb la fence. », c’est une chose; mais que se passe-t-il si l’enfant transforme le mot anglais selon le code grammatical du français « Monsieur, Pierre est en train de climber la fence. » ? Est-ce aussi dangereux ? Ou est-ce une occasion pour nous, les locuteurs du français de s’approprier le lexique anglais ? Si on voit ça vraiment comme une guerre des langues, le « bon usage » ne nous aidera pas à gagner la guerre, mais « franciser » tous les mots anglais que l’on rencontre, peut-être que ça nous aidera à gagner. C’est définitivement plus agressif ! C’est aller sur l’offensive au lieu de gémir sur la défensive et de se plaindre de maudits américains et de la mort inévitable de notre belle langue à nous. C’est une question de perspective ! Si on transforme le mot anglais en mot français, on devient plus fort; notre lexique devient plus riche.

 

Voici un autre exemple: en français, on dit donner un coup de poing et donner un coup de pied (ou frapper, mais ce n’est pas aussi précis). Mes petits élèves bilingues ont rapidement remarqué que cette tournure n’était pas efficace. En anglais les verbes kick et punch existent et sont beaucoup plus efficaces ― ils se disent plus rapidement ― et sont aussi beaucoup plus précis. Les  nouveaux apprenants d’une langue privilégient l’efficacité avant tout, donc les enfants disent  «  Monsieur, il m’a kické et elle m’a punché ». Voici une appropriation des verbes punch et kick selon le code du français (c’est le passé composé). Je propose donc que ça devienne officiel : « Quiquer » et « Poencher », verbes du premier groupe, que vous quiquassiez et que j’eusse poenché . Pourquoi pas ?

 

Voilà comment on sait que les langues évoluent naturellement. Si on a si peur de l’attaque de l’anglais ― non parce que l’anglais est une langue méchante, mais plutôt parce qu’elle est une langue attirante ― il faut arrêter de se mettre sur la défensive et aller plutôt sur l’offensive. Il faut voler, gober, manger, absorber, assimiler, soualoé (swallow) tous les emprunts lexicaux de l’anglais selon notre code à nous pour que notre langue devienne plus attirante et soit à l’avant de l’évolution lexicale. Après-tout, le dictionnaire anglais contient plus de quatre-vingt mille mots français, et les anglais n’ont pas peur de se faire assimiler par le français. Le contact des langues est un heureux hasard, une occasion, une opportunité pour que nous puissions aggrandir notre lexique. Fini les Week-end ! On se rencontre durant le wikainde, et on fera du chaupingue (shopping ― et le verbe : chauper) sans se laisser influencer par le marquetingue (marketing) des sociétés privées. On pourra rentrer à la maison et tauster du pain pendant qu’on oupgrède (upgrade) le logiciel sur notre ordinateur. Et ainsi de suite… Tant que le mot emprunté respecte les règles grammaticales du code français, la graphophonétique française et est utilisé par les locuteurs français, la langue française sera toujours parlée.

Notre langue évoluera certes, et peut-être que dans trois-cents ans, grâce aux emprunts japonais, chinois, coréens, arabes, hindous et autres, le français d’aujourd’hui sera pour cette langue future ce que le latin est pour le français aujourd’hui. Mais la protection de la langue, la protection de la culture ne devrait pas limiter leurs évolutions. Celui qui tente de limiter l’évolution garantit son extinction. Et une extinction causées par la défense du « bon usage » ne sera pas un assassinat, mais un suicide !